Je l'ai ressenti dans le bus vers Puerto Madryn (seize heures de trajet), en observant le paysage. D'abord composé de larges - euphémisme! - prairies peuplées à perte de vue de milliers de très jolies vaches noires ou brunes, autant de vagues masses sombres gaiement éparpillées sur des milliers d'hectares d'herbe bien grasse et verte.
Puis au matin, changement de décor: paysage semi-désertique comme me dit mon voisin José, impressionnante étendue sans relief de pampa plantée du même arbuste sec et roux. Jusqu'à l'horizon, nada. Monotone, sans doute, mais ça laisse rêveur. Je pense à cette époque où l'on se représentait la Terre plate; ce devait être ici le bout du monde. En tout cas il aurait fallu marcher toute une vie pour le vérifier.
Comme d'habitude, j'ai voulu profiter de Buenos Aires comme si le meilleur appartenait déjà au passé. Encore un petit effort, et je penserai que le meilleur reste à venir. Puis viendra le temps où je saurai que le meilleur, c'est ce que je suis en train de vivre en ce moment. Mais chuuut, je n'y suis pas encore, faut pas me brusquer...
J'ai envoyé des demandes à des gens apparemment très sympathiques sur couchsurfing. Et j'ai déjà reçu deux réponses! Je suis surexcité: Cristian et sa femme vont m'acceuillir à Rio Grande d'ici une petite semaine et Katia et sa fille m'acceptent pour quelques jours durant la période du carnaval à Rio! J'en reviens déjà pas de m'y être pris autant à l'avance pour la contacter.
Hier matin, rendez-vous avec les baleines. Sur la jetée, à Puerto Madryn. Impressionnant. J'en aperçois une. Je sors mon appareil. Une queue, une bosse, une queue. quand est-ce que tu vas sortir de l'eau, feignasse? Et puis, le miracle; elle saute!!! Evidemment, je rate la photo de ce moment exceptionnel. J'enrage. Quelques minutes plus tard, une autre baleine la rejoint. Et elle recommencent à sauter. une fois, deux fois, trois fois, adjugé! J'ai une photo potable. Je range l'appareil et je commence enfin à profiter vraiment.
Le lendemain après-midi, balade solitaire avec mon Ipod. Visite d'un musée sur la faune marine et papote avec une famille du crû. Carte à l'appui, ils me font un exposé sur leur Argentine, les coins qu'il ne faut pas louper.
Le soir rencontre avec David. Canadian, 29 ans mais en paraît 22. Très chouette, urbaniste en quête de villes, il s'est baladé dans la nature au gré d'une rencontre avec un espagnol. Escapade au Chili qui me tente. Soirée au resto agréable. Qu'est-ce que c'est gai de parler sans jamais chercher ses mots.
Ce matin, agence de location de voiture pour essayer d'échapper au tours opérateurs, mais j'ai pas mon permis avec moi (Tof, au secours!!! Voilà, voilà. j'en reçois une copie par email – qu'est-ce que je ferais sans toi??). Y'a plus qu'à trouver des compagnons d'excursion.
Et rencontre avec Nora, de France. Discussion à bâtons rompus. J'adore. La discussion. Et Nora. La vanité ou l'utilité de vouloir être reconnu, le manque de confiance qui raccroche au passé, le culte de l'apparence physique, l'utilité et la pression sociale de faire du sport, l'estime de soi, la séduction.... tous mes thèmes favoris y passent. On ne vit pas la même réalité mais on se comprend plutôt bien. Beaucoup de rires et d'émotions. On repère et critique gentiment nos petits travers. Je me sens bien. Je caresse un chat puant qui vient finalement se poser sur SES genoux. Pas plus mal comme ça!
L'après-midi, on part faire des courses et on pique-nique sur la plage avec des « baby-sandwiches bi-goût », du saucisson, du « port-salut » - en français dans le texte – qui tient plus de la mozzarella que d'autre chose, et de la tortilla préemballée au bords desséchés qu'on donne aux oiseaux; héhé, on leur fait manger de l'oeuf, c'est ignoble!
Retour en ville, et soirée dans un bar à cocktail en tête à tête ou Nora et moi partageons d'autres discussions et d'autre rires.
Au retour, petite prise de tête parce que je ne peux pas réserver une excursion pour le lendemain vers la colonie de pingouins et un village gallois avec la même agence que Nora. Je râle. Apparemment elle aussi. Cool! Héhé...
Sur le retour au minibus, un petit personnage en redingote assure le spectacle en traversant et retraversant inlassablement la route, scrutant au passage les bipèdes amusés qui lui cèdent le passage.
Le vent glacial gifle les visages. Je ne supporte d'ailleurs plus mes lentilles depuis quelques jours. Direction Trelew, un village gallois sans autre intérêt que la tradition de boire le thé en s'empiffrant de pâtisseries. Optionnel et cher. J'hésite un peu, mais la gloutonnerie l'emporte. Je m'installe avec deux couples de londoniens. Discussion sympa, l'un d'eux est dingue de New-York, il en parle avec tant d'enthousiasme que je voudrais y être. Ca me rappelle quelqu'un...
Toujours trop de vent, une balade en mer pour voir des dauphins est annulée.
A la place, visite d'un musée de paléontologie (ça me manquait, tiens).
Mais je ne boude pas mon plaisir, il y a ici des restes du plus grand brouteur d'herbe qui ait jamais existé; trente-cinq mètres de long. Des fémurs qui rappellent vaguement un tronc de séquoia. Il aurait deux coeurs, l'un d'eux rien que pour pomper le sang jusqu'au bout de son cou, droit dans la cacahuète qui lui servait de cerveau.
Ensuite, retour au bercail, cette auberge de jeunesse bondée, où je rejoins Nora et Roland, un allemand amateur de trekking. On papote dans un espagnol approximatif et on décide de partir en vélo le lendemain. Dîner pizza.
J'annonce à Nora que je la suivrais bien pendant quelques jours, elle a l'air enchantée. Mais elle n'arrive pas à se décider entre la Terre de Feu côté argentin ou chilien.
Le lendemain au déjeuner, je fais le malin devant des hollandais avec cinq mots de flamand. Une heure plus tard, je crève sur mon VTT, sous le soleil, dans la poussière au bord d'une route puis sur un chemin ensablé. Roland se balade, Nora ne cesse de prévenir qu'elle va râler toute la journée. Elle a dur aussi, comme on dit par chez nous. Séance photos avec retardateurs, puis pique-nique à l'ombre d'une cabane, face à a mer. Le meilleur point de vue au monde pour voir des baleines, qu'ils disent. Ouais, ouais; on en aperçoit, de loin. Roland décide de pousser jusqu'à la plage, Nora et moi rentrons: peur de rater notre bus. On a décidé la veille de partir ensemble à Punta Arenas, au Chili. Seulement trois bus et vingt-quatre heures de route, une aubaine! Comme le décor est assez monotone, et aussi un peu parce que je le lui ai déjà proposé il y a deux jours, on finit par s'embrasser. Ca relance un certain nombre de conversations sur qui on est et ce qu'on attend. En tout cas on est bien ensemble, en ce moment, juste là. Tellement bien.
Arrivés à Punta Arenas, on n'a pas de plan, pas de but, pas de guide, on se dit qu'on est venu ici comme n'importe où ailleurs pour vivre quelque chose. Ici, au bout du monde, dans le froid, mais sous un beau soleil, dans une ville quelconque, fondée il y a environ un siècle, autant dire sans histoire, où des meutes de chiens errants aboient après les voitures, où même les locaux se protègent derrière de multiples couches de vêtements, une cagoule ou un capuchon. Une grande chambre aux murs vert pétant, un bon restaurant de poisson en ville pour le premier soir, un grand magasin comme seule attraction culturelle jusqu'ici, on pourrait se faire chier comme des rats morts, mais au contraire, on s'accorde à dire que Punta Arenas restera un beau grand souvenir!
On parle, on parle, on parle. Bah, j'ai trouvé quelqu'un qui a du répondant, et pourtant Dieu combien j'en ai assommés avant elle!
Les heures passent trois par trois sans qu'on s'en rende compte. On s'en voudrait presque de ne rien faire de concret. Sauf qu'on se sent bien.
On tente de trouver une activité, mais à part la visite d'une pingouinerie (non, ce n'est pas une boucherie spécialisée), l'offre touristique semble assez limitée.
On ira arpenter le cimetière (le plus beau du pays, nous dit notre charmante hôtesse), contempler la ville d'un point de vue imprenable, et se renseigner sur internet sur notre prochaine destination. J'ai toujours un hôte qui m'attend Rio Grande, mais je l'ai tenu informé de ma situation et il s'est gentiment moqué de moi, genre « profite et arrête de te prendre la tête ». Et pour l'instant, je me débrouille plutôt bien, peut-être mieux que jamais.
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Buenos Aires was nice, but I start feeling I have something else to live here than an experience in an almost European big city.
So, as much as I hate to make decisions that do imply no return option, I conclude that it's time for me to move on (funnily, that's what everybody says when quitting their job...).
I make myself the promise that from now on, I'll head for what I really want. Well, as long as I know what that is, but that's another story. And I mean nothing too risky: talk to people, not to be shy anymore, Starting here in the bus with Jose, my Argentinian travel buddy. By the way, buses here are awesome, seats are just incredibly large and comfortable. Jose answers my questions about politics and the situation in the country. Not my favorite topics but I don't have the energy for a more intimate conversation. And it's quite interesting to learn how its multicultural influences led Argentina to be a rather open minded country, to confirm and refine some of the opinions that the other Jose (the young student in Architecture I met in B.A.) shared with me. The government may be criticised for giving away money to poor people without a proper employment strategy, but in spite of a major crisis in 2002, and kind of another crisis it's going through currently, the situation is far from being as desperate as described by my young friend from Tucuman. Experience from the older man speaks here!
Arrived in Puerta Arenas where I'm supposed to see whales, pinguins, sealions, dolphins, I head to an youth hostal where I soon have nice chats with several people. Mainly, I meet Nora who'll end up being my travel mate for a whole week, and probably more. Long and nice conversations, very intimate, we both feel we just didn't meet each other coincidentally. We agree that we all have something to learn from almost everyone that we cross on our way, if we pay enough attention, if we're ready.
Though a bright sun is shining in a wonderful light blue sky, the winds that are blowing out here, colder than ice, almost make you cry.
On the jetey, I am amazed to see big whales coming so close to the shore, immense shadows floating on the surface, and even jumping off the water. You could stare at the sea for hours knowing that any minute, one of these gigantic animals coming from another age is about to pop up and wave with their impressive tail. Well, I did, and though millions of others have seen them too, I felt like I was discovering a secret safely kept sealed for centuries in the ocean...
Good for me that I saw these whales, because the next day the boat trip to approach them would be cancelled because of the strong winds, and two days after the bicycles we rent (I mean, me and Nora and a German fellow, Roland) would lead us to a beach were we could only observe the whales from far far away.
On the other hand, I did take a tour to see sea elephants and another one to see pinguins (and dolphins, but guess what, again that boat part was cancelled).
And as far as these are concerned, I can't complain.
Sea elephants are known to hardly ever move when lying on the beach, but here a male tried to copulate with a female and got rudely kicked back, though those big boys are about three times the size and ten times the weight of their ladies. Noises they make are undescriptible, so I won't try... but wow!
Pinguins were so close you could touch them, and still they weren't not afraid at all. Funny as one imagines them, walking like they're drunk, pridely standing like little army officers, cutely watching their eggs, or closing their eyes for long moments, giving a impression of complete happiness. Could spend a lifetime observing them, a smile on my face. But you know about organised tours, and the bus won't be waiting for you that long.
Then we visited a Welsh settlement town called Trelew, where they serve you excellent pastries with a Welsh tea that no different than English tea and so-called typical Welsh cake that cannot be found outside of Trelew. Where is the sense in that?
I let myself tempted and ate delicious stuff for about six persons. Now is it my fault if these two English couples I shared tea with all seem to be on a diet?
I wasn't sure what to do next, so I just told myself I'd join Nora for a few days. She didn't have much idea where she would head to either, so it's a bit at random that we reached Punta Arenas, in the Chilean part of the « Tierra del Fuego ». A 24 hours journey. Tiresome.
But as there's not much to do around here, but chilling out (well, I should say freezing out!), we're just fine. Chatting twelve hours the day, sleeping, eating fish and seafood the rest of the time. Life is good at world's end!!
Now, our mission for today: find an internet connection so I can publish this and we can find information about where we're going next...
8 commentaires:
Coucou gamin !!
De fait, te prends pas trop la tête et profite de chaque moment ! Vas-y pour des visites, des bavaradges dont tu as le secrets, fais un max photographies ... Tu pourrais aussi nous mettre une de ces photos prisent avec le ratardateur non ?? lol
Bizz
Philippe
Ah, enfin tu mets à jours ton blog !! Tu es donc toujours en vie, alléluja..
On commençait à se demander si l'écrivain que tu es n'avait pas été séquestré par une admiratrice un peu tarée (style 'Misery').
Ou si un directeur de zoo un peu bigleux ne t'avait pas pris pour un pinguin et t'avait pas enfermé dans son enclos à la fermeture du parc. Je m'imaginais déjà devoir me taper tous les parcs naturels de Patagonie pour te rechercher et négocier ta libération... Oh!, et puis non, finalement je t'y aurais sans doute laissé: tu y serais tellement bien, aurais une vie bien paisible avec tes petits amis palmés (et bavards!). Et puis là, on aurait bien vu qui allait avoir le dernier mot !... :o)
Content de te lire. A plus.
Christophe
Oui, c'est vrai ça : on aimerait bien voir des photos de toi sur ton petit vélo à trois roues...
Il est rouge ou bleu ?
héhé!! la belle vie!!
et j'espère que tu penses à faire un voeux à chaque "première fois" hein gamin!?
allez, vivement les images!
biz Amigo!
Peg
waaaah genial :-) tu voyages, tu racontes et tu nous fais tous rever un peu. surtout ne t'arrete pas, tu ferais des malheureux ici.
Bizz et j'espere que tu as bien mis bonnet, echarpes et gants..
MAMAN GWEN
Hei!
Contente de voir que tu en profites toujours autant! Impressionnant les baleines hein? On t'envie d'avoir eu la chance de les voir "s'envoyer en l'air" ;-)
Ah oui, n'hésite pas à poster une des photos prises avec le retardateur :-))
Vivement le prochain épisode de tes aventures!
Bisous!
Gene
Finalement des nouvelles !! On voit que tu as choisi d'essayer plutôt la Patagonie Chilène.. On ne connaît pas ce cotê mais, bon, ça doit être magnifique aussi. Tu comptes traverser le detroit de Magallanes et arriver a la Tierra del Fuego? En tout cas, qd tu remontera, ne laisse surtout pas tomber El Calafate! Qt a Rio Grande (ou la capital, Rio Gallegos), il n'y a pas grande chose à faire, à part goûter la truite brune, vraiment delicieuse. Mais, bon, ce poisson est trouvable un peu partout dans la Tierra del Fuego. Allez ! Bonne continuation ! Chouette que tu as dejá trouvé un hebergement pour le Carnaval! ça te permettra d'epargner pas mal d'argent car Rio est hyper chère dans cette époque ! Ah, et comme d'hab, on est enchanté par tes photos.. le Pulitzer de cette année sera vraiment difficile à remporter... A bientôt ! Helena et Ivan
merci de paratger avec nous ces moments magiques ... J'attends la suite avec impatience.
Profite! profite ... et profite !!!
Biz
Katya K.
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