jeudi 6 novembre 2008

Icebergs, moutains, hielo, snow, viento, glaciers...

Quelques jours passent et j'oublie déjà tant de détails. Difficile de trouver l'équilibre entre prendre le temps d'écrire pour me souvenir et vivre pleinement sans m'empoisonner l'existence avec mon journal. D'autant que j'ai repris l'écriture de mon livre dans le bus, il y a deux jours.

Bref, Nora - dont je ne posterai pas ici de photo selon la volonté de l'intéressée :-) - et moi quittons Punta Arenas pour Puerto Natales, qui borde le parc national Torres del Paine. A la pension, nous nous décidons pour un trekking de quatre jours en camping. On loue une tente, des sacs de couchage, du matériel pour faire notre tambouille. Mélange d'excitation et d'inquiétude: je n'ai dormi qu'une nuit en tente de toute ma vie, et je me souviens d'un trekking de trois jours en Thaïlande qui m'a déchiré tous les muscles et distendu tous les ligaments des jambes. On achète des quantités de repas déshydratés pour une armée en campagne.

Premier jour de trek: les paysages dans cette partie du Chili sont étonnants: de nombreux arbres morts aux formes improbables jonchent la route; de couleur grisâtre, encore enracinés ou déjà abattus par les vents extrêmement violents, parfois éventrés, leur tronc libérant alors une pourriture d'une belle couleur orangée. Parfois plusieurs fois centaires, ils n'ont pas résisté aux gels et au dégels successifs, et aux fréquentes inondations.

Le reste du paysage n'est que plaine, avec de superbes montagnes en toile de fond. De petits lacs se forment ça et là. De grands rapaces planent dans les airs, parfois immobiles, luttant contre les courants contraires. C'est ici qu'on joue 'El condor pasa' à la flûte de Pan, quoi. Certaines étendues sont encore couvertes de neige, à l'aube du printemps.

Aux abords du parc, le paysage se fait plus vallonné, des troupeaux entiers de guanacos (sorte de daims à tête de lama, sauvages, tête marrante) paissent non loin de la route.

Arrivés au parc, on commence par planter notre tente. Nora est habituée, alors moi, vous pensez bien, je fais comme elle me dit. en deux temps trois mouvements, elle se dresse fièrement contre le vent qui souffle à plus que 80 km/h selon les prévisions, à plus de 100 selon Nora, et à plus de 180 selon moi, mais je suis de très mauvaise foi. Cela dit ça fouette les joues, ça soulève le sable, et je suis sûr que ça emporte les lapins imprudents qui quittent leur terrier. Ca me fait penser qu'on a croisés un magnifique renard à la queue rousse chatoyante. Vraiment imprudents, les lapins qui quittent leur terrier.

On entame une marche de plus de sept heures qui va nous laminer. Après une grosse heure par grand beau temps, on parvient à un point de vue sur un lac où flottent des icebergs d'un bleu électrique, presque fluorescent, tant la glace qui les composent est dense et ancienne (je ne sais pas en quoi ça joue, je ne fais que répéter ce qu'on m'a expliqué). Jubilation devant ce spectacle

surréaliste. On a décidé de ne prendre que l'appareil photo de Nora, et on s'en mord les doigts. Mon Lumix rend beaucoup mieux les couleurs vives...

Trois heures de marche plus loin, on sature. On touche au but de la randonnée du jour: le glacier Grey. Mais on commence à flipper pour le retour. On voudrait éviter de marcher de nuit, mais nos jambes commencent à tirer. Nora a mal aux pieds, j'ai le genou droit qui flanche. Encore vingt minutes, et on y arrive. Je ne savais pas au juste ce qu'était un glacier. Je pensais montagne enneigée, grand iceberg pas encore détaché de la rive. C'est en fait une langue de glace qui s'écoule entre deux pans de montagnes jusqu'au pied d'un lac. Imaginez un immense gâteau recouvert de milliers de pointes de chantilly bleutée, coincé entre deux falaises, quelques dizaines de mètres au delà du niveau de l'eau dans laquelle il semble se déverser. Hypnotisant, mais on en aurait mieux profité si on tenait encore sur nos guibolles, d'autant que la force du vent ici est vraiment démentielle. Sans rire. Dans cette cuvette où il tourbillonne, on est projeté en arrière quand on étend les bras. Bon, la sensation est rigolote, donc j'ai fait quand même fait semblant de régler la circulation pendant quelques minutes...

Autre expérience très enrichissante, en dépit de toute mes appréhensions stupides - et poussé par les railleries de Nora (le rat des champs contre le rat de la ville): j'ai bu de l'eau directement du ruisseau. Naturellement, je me voyais déjà intoxiqué, paralysé et aveugle, mais j'en ai bu un bon litre et je suis toujours en vie. Et en plus elle était fraîche et elle avait bon goût. Me sens tout bête.

Retour un peu pénible, cadence forcée, mais récompense sous la tente sous laquelle on se prépare des pâtes avec jubilation, alors que la pluie s'abat sur notre abri. Nuit agitée, pas trop réparatrice, et réveil sous une tempête diluvienne. On constate que notre tente prend l'eau. On galope s'abriter dans un refuge où on déjeûne et on reconsidère notre périple. On décide d'écourter et quelques heures plus tard on profite d'une éclaircie pour plier bagages et rentrer. Nora est un peu déçue, mais pour moi, c'est déjà une fameuse expérience. Sur le chemin du retour, une petite bisbrouille sur la nature et le sens de notre relation nous éloigne. On ne mettra les choses à plat qu'à notre retour en Argentine, ici à El Calafate. Une conversation émouvante nous remet à notre juste place et nous fait du bien à tout les deux, chacun seul face à ses questions, mais ensemble pour en discuter.


Le lendemain, on visite un autre glacier, le Perito Moreno; plus impressionnant que le Grey, ce géant dont les bords longent le fameux Lago Argentino se laisse approcher en bateau et par voie terrestre par un réseau de passerelles. Vu d'en bas, un immense mur de glace; vu d'en haut, une langue aveuglante de blancheur qui s'étale sur plusieurs kilomètres, disparaissant au loin dans un défilé rocheux ou dans un épais nuage.

De temps à autre, un grondement sourd annonce le détachement d'un bloc de glace qui s'écroule quelques dizaines de mètres en contrebas, se désagrégeant dans l'eau, ou résultant en un nouvel iceberg qui part joyeusement à la dérive, à l'assaut du vaste monde. L'écho et la taille de la paroi glacière ne permet jamais de prédire où la fracture va se produire, alors on agite la tête dans tous les sens et souvent on ne peut que constater le résultat de cet impressionnant phénomène... des ronds dans l'eau, quoi. Mais des gros ronds, hein!



Il y a deux jours, on est partis pour El Chalten, un petit village de 600 habitants établi depuis moins de trente ans au pied de sommets enneigés, plus comme base pour de randonnées qu'autre chose. On apprendra d'un vendeur de sandwiches que le gouvernement argentin nécessite la présence d'une colonie en ce lieu pour conserver ce territoire longtemps disputé au Chili.

Le temps est infernal: la pluie tourne à la grêle et ça souffle comme à l'arrière d'un réacteur d'avion, mais en très froid. On retrouve un couple d'italiens rencontrés au Perito Moreno et on passe la soirée ensemble. Resto très intime éclairé à la bougie, enfin jusqu'au retour de l'électricité. Matteo nous parle entre autre de son boulot de trayeur de vaches en France où ils ont émigré, lui qui ne supporte pas l'odeur du lait...

Le lendemain, mini-rando sous de timides rayons de soleil jusqu'à un point de vue d'où l'on n'aperçoit rien. On pousse jusqu'à une chute d'eau quelconque et on se félicite sur le retour d'avoir décidé au matin de revenir passer nos dernier jours ensemble à la ville.

L'annonce que la route 40 vers le Nord est interdite au bus pour encore deux semaines bouleverse nos vagues projets. Le détour par la côte est du pays se compte en dizaines d'heures. On explore l'option de prendre l'avion et j'envisage de repartir vers le sud voir Ushuaïa et Rio Grande où mon hôte 'Couchsurfer' m'attend (façon de parler).

On trouve une solution un peu glamour: Nora repart vers le Nord par un vol qui fait escale à Ushuaïa. On se quittera à l'aéroport. Restent deux jours ici pour répondre à nos emails, écrire, et se dire au revoir.




Started writing in English but I'm a bit short on time for the moment, so I'll gladly take some time for myself in Ushuaïa in a few days' time to finish that text and post it, together with a couple more pics. By the way I'm adding different bits to the tale for those who care to read me in both languages ;-)




2 commentaires:

Anonyme a dit…

Looks amazing... also sounds like you are having a great time... finally saw those penguins!!!!!!!!
Chris + Miha

Anonyme a dit…

Je n'aurai que 1 Mot : Waouw !!
Profites bien ... continue a donner des nouvelles ...
biz biz
NathalieB