vendredi 14 novembre 2008

Mais qu'est-ce que t'es allé chercher en Argentine?

Arrivé seul il y a presque une semaine à Ushuaïa sous la pluie, un peu déboussolé après deux semaines de voyage à deux.
Visité le double musée naval et carcéral de ville. intéressant, surtout la partie prison. En deux mots, au départ la ville était une bagne de prisonniers volontaires pour purger leur peine dans des conditions climatiques difficiles mais avec quelques privilèges, comme avoir sa famille qui vit à proximité; l'idée pour l'état argentin étant d'assurer une présence à l'extrémité de la Terre de Feu et ainsi préserver un territoire âprement disputé au chiliens (toujours eux... enfin, non, il y a aussi le conflit des Iles Malouines avec les anglais, toujours d'actualité).

Alors voilà, un peu de culture pour m'occuper le temps et l'esprit.
Puis des messages envoyés sur couchsurfing. A Alejandro et Esteban, un couple de guides touristiques. A Clara, juste pour aller boire un verre selon son profil.
Et finalement après une chouette soirée passée papoter, il s'avère que Clara peut m'accueillir chez elle. Ca tombe bien, Alejandro et Esteban ne pouvaient pas, mais je passerai malgré tout deux soirées chez eux.

Certes, ici à Ushuaïa (que je quitte demain), j'aurai vu de très jolis paysages, même si l'essentiel n'est pas là.

Je me suis baladé sur un flanc de montagne, remontant à pied une piste de ski complètement désenneigifiée - je m'en fous, chez moi ça se dit. Le paysage vu du haut n'était pas mal du tout.



J'ai visité un parc national superbe aux décors enchanteurs. Ce serait bien que je prenne le temps d'écrire un petit article rien que sur lui, tiens.

J'ai aussi fait une balade en voilier sur le détroit de Beagle. Très beau. Vu des lions de mer. Approché de très près une colonie de cormorans. Pris beaucoup de plaisir à admirer ce paysage, étonnante rencontre entre la mer et des montagnes enneigées. Et cette baie d'Ushuaïa qui a première vue, et par une pluie battante, m'avait laissée de marbre, m'inspire soudain une émotion particulière, dernier hâvre face à deux océans qui se rencontrent, ultime bastion où les marins peuvent trouver un peu de sécurité avant d'aller affronter l'Antarctique. Il faut dire qu'il a fait beau cet après-midi. Pas trop de vent, un chouia de soleil, sec. Glacial cela dit.













Mais alors, me direz-vous? D'où qu'y n'est l'essentiel? (ça s'arrange pas, mon français, depuis que je me suis mis à l'espagnol).
Et bien, pour tenter de répondre cette question (et parce que je suis trop paresseux fainéant pour écrire des emails à tous ceux qui comptent pour moi), j'ai décidé de publier ici ce texte que j'ai écrit de mes petits doigts il y a deux jours. Je demanderai juste aux éventuels lecteurs qui ne me connaissent pas intimement de pudiquement fermer les yeux pendant la lecture. Merci.

Hmm, hmm (là, je me râcle la gorge, ce qui en soi ne présente pas d'intérêt fondamental, donc je crois que je vais fermer ici la parenthèse).
Etre à de milliers de kilomètres de chez moi. rencontrer de gens qui habitent là. Rentrer dans leur monde, être invité à leur table. Les voir une seconde fois comme on vient visiter de vieux amis, sans me demander d'avance ce que je vais y faire ou ce qu'on va se dire. Savoir durant toute ma journée que je ne passerai pas la soirée seul, qu'il y aura de la chaleur et des rires. Rentrer dans une maison dont j'ai la clé, à l'autre bout du monde. Un sentiment de liberté incroyable me traverse.

Aujourd'hui, j'ai passé l'après-midi sur le canal Beagle sur un voilier.
Je n'ai pas ressenti l'urgence d'engager la conversation avec les quatre couples qui partageaient avec moi ce petit bateau. Ca aurait pu se faire à plusieurs occasions. Je veux ne plus partir avec des attentes particulières. Accepter ce qui arrive, le provoquer uniquement si c'est mon envie du moment. Sans crainte.
Ca, il va falloir le travailler encore un peu. Je ressens toujours cette peur de la première seconde, celle où je fais un premier pas qui me semble engager une dynamique irréversible: le « bonjour » qui pour moi implique: je ne vous connais pas, je sais pas au juste ce que j'attends de notre rencontre, ni pourquoi je vous ai choisi, vous, là, maintenant; mais je ressens que ce qui apporte le plus de bien dans une vie, ce sont les relations avec les gens. Alors, vous allez peut-ëtre me décevoir, je vais peut-être vous ennuyer, nous allons peut-être devoir gérer ensemble une situation qui nous met mal à l'aise, et en ce moment même ces perspectives me font peur, mais nous allons peut-être nous apporter quelque chose de beau, d'agréable, d'important, et je pense que ça vaut la peine de nous rapprocher, de tenter le coup.

Combien de gens m'ont déjà dit que trop de choses me trottent dans la tête... beaucoup d'entre vous mes amis! Mais on ne se refait pas. Pas contre sa propre volonté en tout cas, et en fait j'aime assez cette tendance chez moi à tout analyser. C'est juste parfois lourd quand il s'agit de vivre plutôt que réfléchir,
En même temps, je suis venu ici pour apprendre à vivre plus intensément, pas pour apprendre à arrêter de penser!

Bref, j'ai crevé de trouille avant d'oser contacter des gens sur couchsurfing. Alejandro et Clara m'ont laissé leurs numéro. Je les ai appelé l'estomac noué. Jusqu'à la première phrase, en vérité. Après, le sort en est jeté comme disait Jules à chaque fois qu'il traversait le Rubicon pour se castagner avec son ex-co-consul préféré. Sauf que pour moi, le combat est déjà gagné, puisqu'il est trop tard pour avoir peur des conséquences de ce que je viens de déclencher.

Pour certains d'entre vous je le sais, cette timidité imbécile n'a pas cours. Etes-vous donc si clairs avec ce que vous attendez de la vie, de vos relations?
Ou simplement libres de toute crainte? Comme je vous envie.
Mais bon, voià ce qu'est en train de m'apporter ce voyage, en plus de superbes photos que je n'arrive à sauver qu'au compte goutte sur ce §#!/%¤ de site de flickr.com.
Chaque fois que j'ai osé faire un pas dans ce qui me semble être la bonne direction, j'ai été récompensé par de très belles rencontre et des moments d'émotion intense.

Alors, je lève mon verre à ces précieux instants où nos barrières s'effondrent, où l'on se fait le cadeau de se dépasser soi-même. Si quelqu'un veut trinquer avec moi... y'a un fond de Cointreau dans le frigo de Clara!

Alexeï, Tof, Peg, André, Christine........ j'ai presque envie d'être de retour au pays pour pouvoir partager ça avec vous!! Priez pour que j'ai le temps de me calmer d'ici là, ou vous mourrez tous autant que vous êtes noyés dans un flot de paroles..

Prochaine étape, la région de Bariloche. Paraît que c'est beau comme tout, que ça ressemble à la Suisse. Douce transition avant les 35/40° du nord du pays.
Beaucoup de gens aussi commencent déjà à me parler du Brésil avec passion!

P.S.: Merci Christine, c'est ton message qui m'a décidé à publier ceci!


1 commentaire:

Anonyme a dit…

tchin précieux Ami!!! à la VIDA!!et à tous ces moments magiques qui font grandir